L'interdiction temporaire des réseaux sociaux au Soudan du Sud en janvier 2025 a été présentée comme une réponse d'urgence à des violences, mais elle a aussi montré la rapidité avec laquelle les contrôles numériques peuvent s'intégrer à la boîte à outils de gestion de crise d'un pays. L'ordre visait les plateformes utilisées pour communiquer et partager des preuves, au moment même où la peur, les représailles et la confusion se propageaient.
Un ordre de 30 jours aux conséquences plus larges
Selon Amnesty International, l'Autorité nationale de communication du Soudan du Sud a ordonné aux fournisseurs d'accès à internet le 22 janvier 2025 de bloquer les plateformes de réseaux sociaux pour un minimum de 30 jours, avec la possibilité de prolonger la mesure à 90 jours. Les autorités ont justifié cet ordre par des attaques violentes contre des personnes et des entreprises soudanaises au Soudan du Sud, après la diffusion en ligne d'images atroces montrant des civils sud-soudanais tués au Soudan.
La justification s'est articulée autour de la sécurité, des pouvoirs d'urgence et des valeurs publiques. Mais des restrictions généralisées des plateformes ne font pas que ralentir les rumeurs. Elles coupent aussi l'accès à l'information, aux comptes-rendus et à la coordination au moment précis où les gens tentent de savoir si leurs proches sont en sécurité, quelles zones sont dangereuses et ce que font les autorités.
L'interdiction a percuté une situation déjà volatile
Les troubles n'étaient pas hypothétiques. Amnesty a cité des rapports faisant état d'attaques contre des ressortissants soudanais et leurs boutiques à Juba et Aweil, ainsi que des morts, des blessés et des évasions de prison impliquant des détenus liés à ces violences. Cela rendait l'obligation de l'État de protéger les civils et d'enquêter sur les attaques encore plus urgente.
Pourtant, une coupure numérique généralisée risquait de rendre la situation plus difficile à surveiller plutôt que plus facile à gérer. Elle a réduit la capacité des journalistes, des activistes, des familles et des citoyens soucieux d'aider à documenter les abus, à diffuser des avertissements et à contester les fausses affirmations. Amnesty a soutenu qu'une telle restriction était disproportionnée et incompatible avec les droits protégés par la constitution du Soudan du Sud et les traités internationaux.
Pourquoi ce genre d'histoire doit être suivi de près
Les restrictions internet sont souvent discutées comme une politique technique, mais pour les gens ordinaires, elles peuvent changer la texture de la vie quotidienne en quelques heures. Un blackout des réseaux sociaux affecte le commerce, les mises à jour de sécurité, les contacts familiaux, le reportage local et la mémoire publique de ce qui se passe sur le terrain.
Dans le cas du Soudan du Sud, la coupure s'est située à l'intersection d'un conflit régional, de tensions communautaires, de migrations et du contrôle étatique de l'information. Cela en fait plus qu'un simple différend sur les droits numériques. C'est un rappel que dans les situations fragiles, les canaux d'information deviennent eux-mêmes une partie de l'espace public. Les bloquer ne met pas une crise en pause. Cela change qui peut la voir, la prouver et y répondre.