L'Agence spatiale européenne transforme sa sonde Hera, qui poursuit des astéroïdes, en laboratoire flottant à 150 millions de kilomètres de la Terre, et elle invite les chercheurs et entreprises européens à envoyer leurs logiciels pour le voyage. Après que Hera aura terminé sa mission principale de défense planétaire autour des astéroïdes Didymos et Dimorphos à la mi-2027, la sonde ouvrira ses systèmes à des expériences extérieures, une première pour une mission en espace lointain. Cet appel fait partie de l'effort de l'ESA pour pousser l'intelligence embarquée au-delà des limites procédurales actuelles, en testant des idées qui pourraient rendre les futures missions plus autonomes et résilientes.
Une sonde devient un banc d'essai ouvert
Hera a été lancée en 2024 et se dirige actuellement vers Dimorphos, le premier objet du Système solaire jamais déplacé par une action humaine. En 2022, la sonde DART de la NASA s'est délibérément écrasée sur Dimorphos, modifiant son orbite autour de son astéroïde parent Didymos. Lorsque Hera arrivera cet automne, elle mènera une investigation rapprochée du site de l'impact, recueillant des données sur la composition de l'astéroïde et sa réponse à l'impact. Cette phase d'investigation devrait se terminer d'ici fin 2026, mais la sonde sera toujours en bonne santé, alors l'ESA a décidé de la réutiliser.
À partir de la mi-2027, Hera accueillera des expériences dans un environnement « bac à sable » protégé, séparé de ses systèmes critiques pour le vol. Cette configuration permet aux innovateurs de tester de nouvelles approches pour l'intelligence embarquée, le traitement d'images et les opérations basées sur l'IA sans risquer les fonctions centrales de la sonde. Le directeur de la technologie, de l'ingénierie et de la qualité de l'ESA, Dietmar Pilz, a décrit cette opportunité comme un moyen d'accélérer l'innovation européenne et d'aider les chercheurs à repousser les limites de ce que les sondes peuvent faire de manière autonome. Il a souligné que l'objectif est de faire mûrir des technologies qui réduisent la dépendance au contrôle au sol et augmentent la résilience des missions.
Pourquoi les innovateurs locaux devraient s'y intéresser
Pour les chercheurs et entreprises européens, c'est une chance rare de faire tourner des logiciels dans des conditions réelles d'espace lointain, pas seulement dans des simulations. Les expériences fonctionneront à 150 millions de kilomètres de la Terre, confrontées à de vraies radiations, des délais de communication et l'environnement hostile de l'espace. L'ESA invite les idées via sa plateforme Open Space Innovation, avec l'espoir de renforcer le leadership européen dans les systèmes spatiaux avancés. Le responsable de la mission Hera, Ian Carnelli, a noté que même si la phase d'investigation des astéroïdes sera terminée, la sonde conserve un potentiel extraordinaire en tant que banc d'essai.
Cette opportunité est significative car elle déplace les tests logiciels du laboratoire vers un environnement vivant en espace lointain, quelque chose qui a rarement été offert auparavant. L'ESA recherche des expériences ciblées et innovantes qui peuvent fonctionner en toute sécurité aux côtés des systèmes existants de Hera. L'agence veut voir des idées qui poussent l'intelligence embarquée au-delà des frontières procédurales actuelles, permettant potentiellement des missions d'exploration futures plus capables. En ouvrant son infrastructure de mission à des innovateurs extérieurs, l'ESA transforme effectivement une mission de défense planétaire en plateforme collaborative de développement technologique.
Cette initiative marque un changement dans la façon dont les agences spatiales envisagent les cycles de vie des missions. Au lieu de retirer une sonde après que ses objectifs principaux sont atteints, l'ESA trouve de nouvelles façons d'en extraire de la valeur, tout en offrant à la communauté tech européenne un terrain d'essai unique. Les expériences sélectionnées aideront à façonner la prochaine génération de missions spatiales intelligentes, robustes et autonomes, avec des résultats qui pourraient influencer la conception et l'exploitation de toutes les futures sondes en espace lointain.