Une Kényane a obtenu le droit d'hériter des terres de son père après une bataille juridique de trois décennies. La Haute Cour de Meru a statué que les traditions coutumières empêchant les filles d'hériter des biens sont inconstitutionnelles. Cette décision remet directement en cause des pratiques ancestrales dans de nombreuses communautés kényanes où la terre ne se transmet qu'aux héritiers mâles.
Un combat de 30 ans contre la tradition
Monica Muthoni a porté son affaire devant les tribunaux dans les années 1990 après la mort de son père, dont les terres ont été données à ses frères. Selon les lois coutumières de la communauté Meru, les femmes ne pouvaient pas hériter de terres. Muthoni a soutenu que cela violait ses droits constitutionnels. L'affaire a progressé lentement dans le système judiciaire pendant des années avant d'atteindre la Haute Cour.
Ce que la Cour a décidé
Le juge Edward Muriithi a statué que la loi coutumière interdisant aux femmes d'hériter des terres est incompatible avec la Constitution kényane. La Constitution garantit l'égalité de traitement indépendamment du genre. Le juge a ordonné que Muthoni reçoive sa part de l'héritage de son père. La décision s'applique à ce cas spécifique mais établit un précédent juridique pour des litiges similaires à travers le pays.
Les habitants du comté de Meru ont suivi l'affaire de près. La terre est la principale source de richesse et de sécurité pour la plupart des familles en zone rurale au Kenya. Les femmes privées d'héritage deviennent souvent dépendantes de parents masculins ou risquent de se retrouver sans logement. La décision a suscité des discussions dans les villages sur la question de savoir si d'autres familles permettront désormais à leurs filles de réclamer leur part des terres familiales.
Muthoni a déclaré ressentir un soulagement après le jugement. Elle a confié aux journalistes qu'elle avait attendu longtemps la justice. Ses avocats ont affirmé que la décision confirme que les pratiques culturelles ne peuvent pas primer sur les droits constitutionnels.
La décision ne modifie pas automatiquement les pratiques d'héritage dans toutes les communautés kényanes. Mais elle donne aux femmes un outil juridique pour contester la discrimination devant les tribunaux. Pour les familles qui ont suivi les règles coutumières d'héritage pendant des générations, la décision pourrait forcer un difficile arbitrage entre tradition et loi.