Les globicéphales du détroit de Gibraltar perdent la capacité de s'entendre. Le rugissement constant des navires qui passent noie leurs appels, selon une nouvelle étude. Les chercheurs ont découvert que le bruit des bateaux réduit la portée de communication des baleines jusqu'à 80 pour cent, les empêchant de rester en contact avec leurs groupes.
Un couloir maritime étroit rempli de navires
Le détroit de Gibraltar est une voie navigable étroite entre l'Espagne et le Maroc. Il relie l'océan Atlantique à la mer Méditerranée. Chaque jour, des centaines de cargos, pétroliers et ferries se faufilent dans ce canal large de 14 kilomètres. Pour les globicéphales à longues nageoires qui y vivent, cela signifie un mur constant de bruit sous-marin.
Des scientifiques de l'Université de St Andrews et du groupe de conservation espagnol CIRCE ont fixé des balises temporaires sur 10 globicéphales. Les balises ont enregistré à la fois les sons émis par les baleines et le bruit autour d'elles. L'équipe a également utilisé des hydrophones pour écouter le paysage sonore global du détroit.
À quel point c'est trop fort pour une baleine
Les globicéphales dépendent du son pour naviguer, trouver de la nourriture et rester connectés à leur groupe. Ils produisent de courts appels cliquetants et des sifflements plus longs. Mais l'étude a montré que le bruit des navires chevauche presque parfaitement les fréquences que les baleines utilisent pour communiquer.
Lorsqu'un grand navire passait à quelques kilomètres, le bruit de fond montait tellement qu'un appel de baleine ne pouvait être entendu que par une autre baleine à moins de 100 mètres. Dans des conditions calmes, ces mêmes appels parcourraient plus d'un kilomètre. Les baleines ont essayé de s'adapter. Elles ont appelé plus fort et se sont répétées plus souvent. Mais même ainsi, leur portée de communication effective a diminué d'environ la moitié.
Pourquoi les défenseurs de l'environnement locaux sont préoccupés
Il ne reste qu'environ 200 globicéphales à longues nageoires dans le détroit de Gibraltar. Ils sont déjà classés comme vulnérables par l'UICN. La population est isolée et fait face à des menaces comme les filets de pêche, la pollution et maintenant la perte de contact entre eux.
Les habitants des villes côtières de Tarifa et Algeciras dépendent du tourisme d'observation des baleines. Ils observent ces animaux depuis des générations. Les défenseurs de l'environnement craignent que si les baleines ne peuvent pas s'entendre, elles pourraient avoir du mal à coordonner la chasse ou à maintenir les familles unies. L'étude n'a pas prouvé que les baleines abandonnent leurs groupes, mais elle a montré que le bruit est assez fort pour rendre les appels sociaux normaux inutiles.
Un son qui ne s'arrête jamais
Les chercheurs ont mesuré les niveaux de bruit sur plusieurs mois. Ils ont découvert que le trafic commercial créait un bourdonnement bas presque constant. Même la nuit, quand certains navires ralentissent, le bruit ne baissait pas assez pour que les baleines communiquent librement. Les voies de navigation les plus fréquentées traversent directement la zone où les baleines se nourrissent et socialisent.
L'étude a été publiée dans la revue Marine Pollution Bulletin. Elle s'ajoute à un nombre croissant de preuves que la pollution sonore des océans n'est pas seulement une nuisance pour la vie marine. Elle peut physiquement couper les animaux les uns des autres. Dans un détroit étroit avec un trafic intense, il n'y a nulle part de calme où aller.