Au Kenya, de plus en plus d’éleveurs troquent leurs vaches contre des crocodiles, car la sécheresse rend l’élevage traditionnel presque impossible. Les reptiles ont besoin de beaucoup moins d’eau que les bovins et les chèvres, et leur peau ainsi que leur viande se vendent à prix d’or sur les marchés internationaux.
Un animal du désert qui prospère là où les vaches ne survivent pas
Dans les comtés arides de Turkana et Marsabit, où les pluies sont devenues irrégulières et les rivières se sont asséchées, les agriculteurs construisent des enclos à crocodiles à côté de leurs parcs à bovins vides. L’Association des éleveurs de crocodiles du Kenya rapporte que le nombre d’adhérents a doublé ces deux dernières années, la plupart des nouveaux membres venant des régions les plus touchées par la sécheresse.
Les crocodiles peuvent survivre avec une fraction de l’eau nécessaire aux bovins. Ils mangent du poisson, des abats et de la viande de basse qualité qui serait autrement gaspillée. Un crocodile adulte peut fournir une peau valant jusqu’à 40 000 shillings kényans, soit environ 300 dollars américains, bien plus qu’une chèvre ou un mouton.
Comment fonctionne l’élevage de crocodiles en pratique
Les agriculteurs capturent de jeunes crocodiles dans la nature ou achètent des nouveau-nés auprès d’éleveurs agréés. Ils les élèvent dans des bassins en béton ou des étangs clôturés, les nourrissant une fois tous les deux ou trois jours. Après trois à quatre ans, les animaux atteignent la taille d’abattage, généralement autour de deux mètres de long.
Le gouvernement kényan régule l’industrie via le Kenya Wildlife Service, qui délivre des permis et inspecte les fermes. Les exportateurs expédient la plupart des peaux en Italie et en France, où les maisons de luxe les transforment en sacs à main, ceintures et chaussures. La viande est vendue dans les restaurants et hôtels locaux comme un mets de choix.
Les communautés locales ont bien accueilli ce changement. À Turkana, des groupes de femmes ont lancé de petites fermes de crocodiles comme source de revenus indépendante des précipitations. Les animaux sont robustes et meurent rarement de maladie, contrairement aux poulets ou aux chèvres en période de sécheresse.
L’élevage de crocodiles ne mettra pas fin aux problèmes de sécheresse au Kenya. Mais pour les agriculteurs qui ont vu leur bétail périr sous le soleil, il offre un moyen de rester sur leurs terres et de gagner leur vie grâce à un animal qui n’a pas besoin de pluie.