Dans un village côtier des Philippines, les habitants ont pris en main la survie des tortues marines. Ils ont construit une écloserie pour protéger les œufs des braconniers et des marées montantes. Résultat : des milliers de bébés tortues supplémentaires ont rejoint la mer.
Une écloserie née de la nécessité
Le village de San Antonio, sur l'île de Palawan aux Philippines, se trouve le long d'une plage où les tortues olivâtres nichent depuis des générations. Mais ces dernières années, les habitants ont remarqué que moins de bébés tortues atteignaient l'eau. Les braconniers déterraient les œufs pour les vendre comme nourriture ou aphrodisiaques. Les marées hautes et l'érosion détruisaient aussi les nids avant l'éclosion.
En 2022, un groupe de villageois a décidé d'agir. Avec les conseils du Palawan Council for Sustainable Development et d'une association locale appelée Centre for Sustainability, ils ont construit une simple écloserie clôturée sur la plage. Des volontaires patrouillent sur le rivage la nuit pendant la saison de nidification, d'octobre à mars. Quand ils trouvent un nid, ils déplacent soigneusement les œufs vers l'écloserie, les enterrant à la même profondeur et dans un sable qui imite le nid d'origine.
Des villageois gardiens, pas seulement spectateurs
Plus de 30 familles participent désormais au programme. Elles se relaient pour marcher sur la plage après la tombée de la nuit, à la recherche des traces caractéristiques laissées par les tortues femelles rampant vers le rivage. Quand une tortue pond ses œufs, les volontaires marquent l'endroit et attendent qu'elle retourne à la mer. Puis ils déterrent les œufs, les placent dans un seau et les transportent jusqu'à l'écloserie.
Dans l'écloserie, chaque nid est étiqueté avec la date et le nombre d'œufs. Les volontaires surveillent la température, qui détermine le sexe des bébés tortues. Ils éloignent aussi les prédateurs comme les varans et les chiens. Après environ 50 jours, les œufs éclosent. Les volontaires relâchent les bébés tortues au crépuscule, quand le risque de prédation est plus faible.
Depuis l'ouverture de l'écloserie, la communauté a relâché plus de 15 000 bébés tortues. Avant le projet, la plupart de ces œufs auraient été pris par des braconniers ou emportés par les vagues. Les habitants disent aujourd'hui voir les tortues comme une source de fierté plutôt que de revenus.
Pourquoi cela compte pour l'espèce et le village
Les tortues olivâtres sont classées comme vulnérables par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Leurs populations ont décliné dans le monde entier à cause de la récolte des œufs, des captures accidentelles dans les engins de pêche et de la perte des plages de nidification. Aux Philippines, elles sont protégées par la loi, mais son application est faible dans les zones reculées.
L'écloserie de San Antonio ne résout pas tous les problèmes auxquels les tortues marines sont confrontées. Mais elle montre ce qu'une petite communauté organisée peut accomplir sans financement extérieur ni équipement lourd. Les villageois ont construit l'écloserie avec du bambou et du filet. Ils n'utilisent pas d'électricité. Leur principale ressource est le temps et la volonté de travailler.
Pour les habitants de San Antonio, le projet a changé leur regard sur leur littoral. Ce qui était autrefois un endroit pour collecter des œufs à vendre est désormais un endroit pour regarder les bébés tortues se précipiter vers les vagues. L'écloserie est devenue un repère local, et les patrouilles nocturnes sont devenues un rituel partagé. Les tortues sont toujours sauvages, mais leur survie dépend désormais des personnes qui vivent à côté d'elles.