Les plus grands animaux ayant marché sur Terre, les mégaherbivores d'Afrique, n'ont pas disparu parce qu'ils étaient particulièrement sujets à l'extinction. Une nouvelle étude menée par des institutions de recherche espagnoles montre que leur déclin sur des millions d'années vient d'une cause différente et plus subtile : ils ont simplement cessé de produire de nouvelles espèces.
Une crise de diversité, pas une crise d'extinction
Des chercheurs du Musée national des sciences naturelles (MNCN-CSIC), du Centre national de recherche sur l'évolution humaine (CENIEH) et de l'Université d'Alcalá ont analysé les archives fossiles des mégaherbivores africains, des animaux pesant plus d'une tonne, comme les éléphants et les hippopotames. Ils ont constaté que la perte de diversité dans ce groupe n'était pas due à un taux d'extinction plus élevé. Au lieu de cela, le taux auquel de nouvelles espèces émergeaient, le taux de spéciation, était exceptionnellement bas. Cela signifiait que même si certaines espèces disparaissaient naturellement, peu ou pas de nouvelles ne surgissaient pour prendre leur place, entraînant un déclin à long terme de leur nombre et de leur variété.
L'étude, publiée dans Nature Communications, remet en question une hypothèse de longue date selon laquelle les grands animaux sont simplement plus vulnérables à l'extinction. Les chercheurs ont examiné toute l'histoire de ces créatures et ont constaté que leur arbre évolutif avait moins de branches que prévu. Le problème n'était pas que les branches se cassaient plus vite, mais que de nouvelles branches poussaient rarement.
Pourquoi les populations locales devraient s'en soucier
Cette découverte importe bien au-delà des cercles académiques. Les mégaherbivores sont connus comme des ingénieurs des écosystèmes car leurs habitudes alimentaires et de déplacement façonnent les paysages qui les entourent. Ils abattent des arbres, créent des points d'eau et dispersent des graines, influençant l'environnement pour d'innombrables autres espèces. Comprendre pourquoi leur diversité a diminué au fil du temps aide les scientifiques à prédire comment les populations actuelles pourraient réagir aux changements futurs. Pour les personnes vivant en Afrique aujourd'hui, où les éléphants et les hippopotames errent encore, cette recherche offre une perspective plus profonde sur la fragilité de ces animaux emblématiques. Elle suggère que leur rétablissement et leur survie pourraient dépendre non seulement de la protection des individus existants, mais aussi de la création de conditions permettant l'innovation évolutive, un processus qui opère sur des échelles de temps bien plus longues qu'une vie humaine.
Les auteurs de l'étude soulignent que le déclin des mégaherbivores est une histoire d'occasions manquées, et non de mortalités catastrophiques. Le faible taux de spéciation, peut-être lié à leur reproduction lente et à leur longue durée de vie, signifiait qu'ils ne pouvaient pas suivre le rythme des changements environnementaux. Ce nouveau regard sur leur passé fournit une image plus claire de leur vulnérabilité actuelle et des défis uniques qu'ils affrontent dans un monde en évolution rapide.