Un seul son de voyelle, durant moins d'un dixième de seconde, sépare désormais les classes sociales à Manchester plus clairement que toute autre caractéristique de la parole. Des linguistes ont découvert que la façon dont les gens prononcent la voyelle finale dans des mots comme "city", "happy" et "coffee" agit comme un marqueur précis de l'origine sociale dans la deuxième plus grande zone urbaine d'Angleterre.
La voyelle qui divise une ville
Des chercheurs de l'Université de Manchester ont enregistré 122 locuteurs venant de toute la ville et de ses communes environnantes. Ils ont demandé aux participants de lire des phrases à voix haute, puis ont analysé les propriétés acoustiques de ce que les linguistes appellent la "voyelle happy". Les résultats ont montré une nette division. Les locuteurs de la classe ouvrière avaient tendance à produire une version plus courte et plus relâchée de la voyelle. Les locuteurs de la classe moyenne utilisaient un son plus long et plus tendu qui ressemble beaucoup à la voyelle du mot "fleece". La différence était constante à travers les groupes d'âge et les quartiers.
Pourquoi les Mancuniens s'en soucient
Manchester est depuis longtemps connue pour son accent distinctif, mais cette étude révèle que la parole dans la ville est loin d'être uniforme. La recherche a été dirigée par le Dr George Bailey, maître de conférences en linguistique à l'Université de Manchester. Il a déclaré que la voyelle happy est "un indicateur vraiment fort" de la classe sociale, encore plus fort que le son "th" plus célèbre ou la voyelle dans "bath". Les habitants ont toujours su que les accents varient à travers la ville. Maintenant, ils ont une confirmation scientifique qu'un seul son peut placer un locuteur sur la carte sociale en quelques syllabes.
L'étude a également constaté que la voyelle happy évolue avec le temps. Les locuteurs plus âgés de la classe ouvrière utilisaient un son plus proche de la version de la classe moyenne, tandis que les jeunes locuteurs de la classe ouvrière se sont déplacés vers la variante plus courte. Cela suggère que l'accent n'est pas simplement hérité mais activement remodelé par chaque génération.
Une seule voyelle, à peine audible pour une oreille non entraînée, raconte désormais une histoire sur l'endroit où une personne a grandi, l'école qu'elle a fréquentée et la façon dont les autres la perçoivent. Dans une ville fière de son héritage ouvrier, ce son a un poids bien au-delà de sa brève durée.